21.5 C
Berne
lundi 27/04/2026

Historique, première visite d’un président suisse à Belgrade après près de deux décennies, depuis la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo

Le président de la Confédération est attendu à Belgrade demain pour rencontrer Aleksandar Vučić. Cette visite hautement symbolique intervient alors que la Suisse a reconnu l’indépendance du Kosovo en 2008, un geste que la Serbie conteste toujours.

Nefail MALIQI
Rédacteur en chef du journal suisse en albanais LeCanton27.ch

Le président de la Confédération suisse, Guy Parmelin, se rendra en Serbie le 28 avril. À Belgrade, il sera accueilli par son homologue, Aleksandar Vučić. Cette visite avait été confirmée pour la première fois par le président suisse lors du Forum économique mondial (WEF) à Davos, dans un entretien accordé à un journaliste albanais basé à Genève, rédacteur du journal suisse en albanais «LeCanton27.ch».

Il s’agit de la première visite d’un président suisse en Serbie depuis dix-huit ans, une absence largement liée à la question du Kosovo. La Suisse a été parmi les premiers pays à reconnaître l’indépendance du Kosovo, proclamée le 17 février 2008.

À l’époque, la présidence suisse était assurée par Pascal Couchepin. La même année, lors d’un déjeuner de travail avec des journalistes étrangers à Berne, il avait expliqué cette décision. Interrogé notamment par un journaliste sur l’image des Kosovars en Suisse, il avait souligné que «les Kosovars constituent aujourd’hui une communauté importante en Suisse et représentent un exemple d’intégration et de réussite».

Concernant la reconnaissance du Kosovo, Pascal Couchepin avait déclaré: «Nous étions face à deux maux: d’un côté, une importante communauté kosovare bien intégrée en Suisse; de l’autre, de bonnes relations avec la Serbie et la Russie. Malgré les pressions, nous avons choisi le moindre mal en reconnaissant le Kosovo, car ne pas le faire aurait été pire pour notre pays.»

Pays neutre, la Suisse s’implique activement dans le dialogue de Bruxelles entre Belgrade et Pristina et a accueilli plusieurs rencontres entre les parties, notamment à Soleure. Le chef de la diplomatie suisse, Ignazio Cassis, ainsi que l’ancienne présidente Karin Keller-Sutter, ont souligné que «la sécurité dans les Balkans signifie aussi la sécurité en Suisse».

La visite de Guy Parmelin à Belgrade apparaît ainsi à la fois sensible et hautement symbolique, la Suisse ayant reconnu le Kosovo en 2008, une indépendance que la Serbie ne reconnaît toujours pas. Le président suisse a également été parmi les premiers dirigeants européens à féliciter Albin Kurti pour sa victoire électorale lors des élections du 28 décembre dernier au Kosovo.

Sur le plan économique, la Serbie, tout comme le Kosovo, est un partenaire commercial important de la Suisse dans les Balkans occidentaux. Depuis 1991, la Suisse a accordé plus de 650 millions de francs suisses d’aide financière à la Serbie.

Candidate à l’adhésion à l’Union européenne depuis 2012, la Serbie a entamé les négociations en 2014. Toutefois, le processus avance lentement, en raison de défis internes et externes, notamment ses relations avec la Russie et la Chine, ainsi que des critiques concernant son alignement sur la politique étrangère européenne.

Par ailleurs, la situation des minorités en Serbie reste préoccupante, en particulier celle des Albanais ethniques dans la Vallée de Preshevë (Preshevë, Bujanoc et Medvegjë), région située au sud de la Serbie. Selon des rapports internationaux, ces populations font face à des discriminations, notamment à travers la «passivisation» administrative des adresses, perçue comme une forme d’exclusion institutionnelle.

Ces pratiques ont contribué à une émigration significative vers l’Europe, en particulier vers la Suisse. Selon l’Office fédéral de la statistique, plus de 55’000 ressortissants serbes vivent en Suisse, dont près de 13’800 Albanais originaires de la Vallée de Preshevë (sud de la Serbie).

Derniers articles