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mardi 18/06/2024

Thierry Apothéloz: La situation sociale dans le canton de Genève est préoccupante. Notre dernier rapport sur la pauvreté montre qu’environ 16% de la population vit dans une situation précaire

Le Conseiller d’Etat Thierry Apothéloz en conversation avec Nefail Maliqi, rédacteur en chef du journal suisse en albanais Le Canton27.ch

Genève, 16 mars -Interview de Thierry Apothéloz, conseiller d’Etat chargé de la cohésion sociale et de la culture pour le journal suisse en albanais Le Canton27.ch. Conseiller d’Etat M. Apothéloz, dans cette interview, entre autres, il parle parle des citoyens (non) pauvres dans la ville la plus chère du monde, la Genève internationale, parle des conséquences de la pandémie pendant deux ans dans le canton de Genève, du chômage, de la condition sociale des citoyens et du rôle de l’Hospice général face à la crise et au chômage..

Le Canton27.ch: Monsieur le Conseiller d’Etat, Genève est devenue un centre européen et la ville la plus chère du monde. La population peut se permettre cette métropole internationale. Cependant quelle est la situation sociale du canton ?

Thierry Apothéloz: La situation sociale du canton de Genève est très tendue, car l’incroyable richesse de notre canton s’accompagne aussi d’une grande vulnérabilité. Le rapport du Conseil d’Etat sur la pauvreté, publié en 2016, montre que près de 16% de la population vit dans une situation de précarité. Et il est fort à parier qu’avec l’inflation très forte que nous avons connu ces derniers mois, la situation n’est pas près de s’inverser. Il y a une grande inégalité des revenus à Genève, qui est d’ailleurs le canton le plus inégalitaire de Suisse ! Heureusement, les pouvoir publics sont très actifs et la législature qui s’achève a permis de renforcer les prestations sociales à destination de la population : augmentation du cercle des bénéficiaires (et des montants) des subsides d’assurance-maladie, lutte contre le sans-abrisme, soutien financier aux plus fragiles durant la période de Covid, soutien aux locataires en difficulté, Bureau d’information sociale et, surtout, réforme prochaine de l’aide sociale sont autant de projets qui ont vu le jour pour renforcer la cohésion sociale dans notre canton.

Le Canton27.ch: En Albanie, si on voit des gens mendier dans la rue, c’est probablement normal car ils sont pauvres à cause du chômage élevé et de la corruption. Mais dans la riche Suisse, qui a le pourcentage le plus bas d’Europe de chômage et de corruption, pourquoi voit-on des mendiants dans les rues, qui sont-ils ? Ils ne peuvent pas partir pour préserver l’image d’un pays stable et d’un centre international comme Genève?

Thierry Apothéloz: Les personnes qui mendient ne sont généralement pas éligibles aux prestations sociales à Genève. Or, notre système assurantiel couvre normalement le minimum vital. Ce sont ainsi le plus souvent des personnes en totale rupture ou bien de passage (parfois durable) sur notre canton, mais sans forcément de permis de séjour leur permettant d’obtenir une aide. Ce qui ne signifie pas que nous devons les laisser dans un état de dénuement. L’humanitaire remplace ici le social et nous pouvons agir en marge de la législation pour essayer de leur fournir un minimum de dignité. La mendicité est une réalité que connaissent toutes les villes économiquement dynamiques. Je ne pense pas que demander aux personnes les plus fragiles et précaires de partir pour préserver une bonne image de Genève soit une solution acceptable. Cela ne règle en rien le problème.

Le Canton27.ch: Avez-vous des chiffres sur le niveau social de Genève ? Combien de citoyens sont pauvres ou riches ?

Originalbild anzeigenThierry Apothéloz: Comme dit plus haut, la répartition des revenus est très inégalitaire à Genève. En plus, le nombre de personnes à l’aide sociale a augmenté de plus de 80% en dix ans, alors que la population totale du canton n’a pas augmenté de plus de 10%, ce qui démontre bien le phénomène d’appauvrissement auquel on est confronté aujourd’hui, qui m’inquiète et que je combats au quotidien dans mon action gouvernementale. Aujourd’hui, près de 180’000 personnes, soit un tiers de la population, touche des subsides d’assurance-maladie afin de les aider à payer leurs primes d’assurance, ce qui démontre que nous avons une classe moyenne populaire, qui se trouve à la limite de la précarité. Nous venons d’ailleurs de débloquer 26 millions de francs supplémentaires pour renforcer cette aide et neutraliser les effets de l’inflation.

Le Canton27.ch: Genève, comme la Suisse et d’autres pays du monde, n’est pas passée sans séquelles à travers ces deux ans de pandémie. Y a-t-il encore des séquelles de cette crise dans notre canton?

Thierry Apothéloz: Nous avons la chance d’avoir une économie particulièrement résiliente qui a plutôt bien affronté la crise et qui a pu redémarrer rapidement et retrouver le dynamisme qui prévalait avant la crise Covid. Mais la pandémie a laissé des séquelles, notamment chez les plus fragiles et/ou chez les indépendants, qui ont vu parfois leurs revenus stoppés net par le Covid. Pour ces personnes, le retour à la normalité n’est pas aussi rapide.

Le Canton27.ch: L’Hospice général est un établissement genevois. Il a été fondé en 1535 et vise à aider les personnes dans le besoin. Quelle est la situation de l’Hospice général aujourd’hui ? Après la pandémie (Covid19) , les personnes ont-elles besoin de plus ou de moins de prestations de l’HG? Je me souviens que la dernière fois que nous avons parlé, vous avez dit que le nombre de personnes qui demandaient de l’aide à l’HG avait augmenté…

Thierry Apothéloz: Comme dit plus haut, il y a eu une forte augmentation des personnes bénéficiant de l’aide sociale. Le but de l’ambitieux projet de Loi sur l’aide sociale et la lutte contre la précarité que j’ai déposé, qui est le fruit de plusieurs années de travail, et qui est actuellement en phase d’examen final au sein du Grand Conseil, est d’inverser cette tendance.

Le Canton27.ch: En ce qui concerne les bénéficiaires des prestations de l’HG, pouvez-vous nous dire, qui demande le plus d’aide, est-ce les personnes locales (Suisses) ou les étrangers ?

Thierry Apothéloz: Le pourcentage est à peu près équivalent à celui de la répartition de ces catégories au sein de la population. Il n’a pas de surreprésentation significative de l’une ou l’autre de ces catégories.

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